Un mois avec sursis pour le jeune réfugié Libyen

Makram M. était jugé au TGI de Paris lundi dernier pour présence illégale sur le sol Français. Compte rendu de l’audience.

Fraternite - Liberte - Egalite de ·júbilo·haku·, sur Flickr

Lunettes en écailles posées sur le coin du bureau, le Président secoue la tête d’un air contrarié. « Qui est le suivant ? Je ne retrouve plus ma feuille de passage » soupire-t-il en regardant sa montre. Il est 15h24 au tribunal de grande instance de Paris et en ce lundi de novembre, le suivant c’est Makram M. Le jeune Libyen d’à peine 22 ans semble ne pas savoir ce qu’il fait dans le box des accusés. Son regard perdu traîne pendant quelques instants sur les boiseries et la tapisserie jaune de la chambre 23. Quelques secondes plus tard et après un regard désapprobateur de l’un juges, ses yeux se fixent sur son traducteur.

Makram est accusé d’être présent illégalement sur le sol Français. Il possédait 1,2 grammes de cannabis lors de son arrestation à la station de métro Strasbourg Saint-Denis samedi 26 novembre. Le prévenu fait l’objet d’une interdiction du territoire. « Je ne comprends pas trop ce que vous faites là » s’interroge le juge en plissant des yeux « vous étiez dans cette même salle il y a huit mois pour les mêmes raisons. Vous n’aviez pas compris qu’il fallait partir ? ». La défense du jeune homme tient en un mot « Je suis en transit. J’ai fui la guerre et je cherche à rentrer en Suisse pour déposer une demande d’asile » explique-t-il d’une voix faible.

« Paris, ça fait quand même un gros détour non ? » interroge le procureur dans son très court réquisitoire. Le traducteur ne prends même pas la peine de retranscrire le discours au jeune Libyen. Celui-ci regarde en l’air, cherchant quelque chose des yeux dans les dorures du plafond. Quand le procureur se rassoit et se replonge dans ses dossiers d’un air satisfait, c’est au tour de l’avocate de la défense de prendre la parole. Les cheveux tirés en arrière et le regard fuyant, elle défend mollement son client. « Je ne conteste rien de ce qu’a fait M. M. , mais pense qu’il mérite seulement une peine d’avertissement » annonce-t-elle « après tout il cherche juste à quitter la France ».

Enfin, c’est au tour de Makram de parler. Dans un souffle il explique qu’il n’a pas l’intention de causer de problèmes et qu’il compte rejoindre la Suisse dès que possible. Et d’ajouter  : « Je n’ai plus de famille, j’ai appris la semaine dernière que mes parents étaient morts ». Temps d’arrêt dans la salle. Il n’y plus personne pour regarder les dorures  de la chambre 23.

Fabien Jannic

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