En attendant le Petit Journal…

Depuis la rentrée l’émission d’infotainment de Canal + s’est émancipée du Grand Journal, sans convaincre de la validité de son nouveau format. Immersion avec  les spectateurs d’un soir et récit d’un bref moment télé. Et de beaucoup d’attente. 

 «Merci d’être venus, on espère vous revoir bientôt.» Un sticker en cadeau et voilà, le Petit Journal de Canal + est déjà terminé. «C’était très court» remarque un spectateur en passant la porte de sortie. Enregistrée dans les conditions du direct quelques heures avant sa diffusion, l’émission dure seulement 20 minutes. Entre temps il y a eu de l’attente, beaucoup d’attente.

 Fraise Tagada. Le rendez-vous était pris avec certain Baptiste pour 17h15. À peine arrivé dans les studios de la chaîne cryptée situés dans le 15ème arrondissement de Paris, il faut se placer au bout d’une file. Certains habitués jouent les blasés en expliquant aux petits nouveaux «Que non, cette queue là c’est celle du Petit Journal, pas du Grand». 30 minutes plus tard, les derniers arrivés pénètrent enfin dans un couloir anonyme. Après un contrôle d’identité obligatoire «parce que nous sommes dans les locaux du Ministère de la Justice», c’est l’heure de se délester des manteaux, sacs et autres téléphones au vestiaire.

Un escalier, un couloir dont les murs sont remplis de câbles et enfin c’est le plateau. Et puis non, il s’agit juste d’une sorte de salle sans fenêtre dans laquelle piétinent les spectateurs. Une stagiaire sert des verres de coca cola chaud dans le fond, pendant que deux quinquagénaires se battent pour savoir qui aura la dernière fraise Tagada. Le monde de la télé est impitoyable. Dix minutes passent, les plus impatients se pressent près de la porte, le reste jauge la compétition. Tout ceux qui sont familiers du Petit Journal, le must est d’être placés derrière Yann Barthès, l’animateur. Sur la centaine de personnes présentent, seuls 20 chanceux pourront s’admirer à loisir sur le site internet de la chaîne cryptée.

Gradins. «Mesdames et Messieurs, vous allez pouvoir pénétrer sur le plateau». Tous se pressent vers la sortie pour retourner vers le couloir. Certains sont déçus, «C’est quand même beaucoup plus petit en vrai» soupire un jeune homme. Deux assistants sont postés à l’entrée et trient les participants. Derrière Yann Barthès et encadrés par deux énormes globes terrestres rouges, seulement des moins de 25 ans et presque uniquement des filles. Vieillards, hommes et femmes de plus de 30 ans, personnes en surpoids, tout le monde est logé à la même enseigne : les gradins. A la clef, inconfort et certitude de ne pas passer plus d’une seconde à l’écran. Certains rouspètent : «C’est injuste, j’avais pourtant mis ma plus belle chemise ». «On sourit !» crie le chauffeur de salle. Bienvenue dans le merveilleux monde de la télévision.

 «Trois ! Deux ! À toi Yann !». C’est parti pour 20 minutes d’émission. Depuis que le Petit Journal s’est séparé du Grand Journal en début d’année les critiques sont acides. Sketches ratés, reportages bâclés… Et le programme du soir ne déroge pas à la règle ; François Hollande en déplacement dans les Antilles et une séquence détective à la recherche du QG de campagne de Nicolas Sarkozy. Là encore, le temps est long; des gradins, il est impossible de voir l’écran. Dommage. Yann Barthès à juste le temps de faire un signe de la main au public et il faut déjà vider le plateau. Les spectateurs repartent avec l’impression d’avoir perdu deux heures de leur vie. «Tout ça pour ça» résume une femme en jetant son sitcker dans une poubelle.

Fabien Jannic

Métro, Boulot, Disco

Scène de la vie quotidienne dans les couloirs du métropolitain Parisien. Des passagers qui attendent sur un quai, et soudain, la lumière s’éteint…

Boooring

anw.fr from flickr

Assise sur une chaise rouge, une dame plutôt âgée lance des regards inquiets à la cantonade. Un jeune homme à la peau mate vient de passer devant elle. À sa droite un quinquagénaire lit Le Monde avec une moue blasée. Rien que de plus normal sur le quai d’une station de métro parisienne. « Direction Porte de la Chapelle, prochain train dans six minutes » annonce l’habituelle voie enjouée de la RATP.

Les impatients râlent un peu, mais ils sont vite arrêtés par un bruit sourd qui  sort d’on ne sait trop où. Fort et strident, celui-ci fait trembler les murs de la station. Certains se bouchent les oreilles, d’autres lèvent les yeux vers le plafond en quête d’une explication. Le bruit s’arrête, pour reprendre de plus belle quelques secondes plus tard. Ceux qui ont trop regardé de films de science-fiction s’interrogent : « une taupe géante génétiquement modifiée va-t-elle débarquer dans la station ? Devons-nous nous préparer à courir pour échapper à des trombes d’eau ou à une déflagration ? ».

Pendant encore une minute, chacun est laissé avec ses suppositions. La vieille dame s’est levée, prête à remonter les escaliers et retourner à l’air libre au moindre signe de danger. Sans prévenir, les lumières s’éteignent et le bruit se tais. Sur le quai, tout les passagers retiennent leur souffle.  Et puis soudain, les lumières se rallument et chanson Dancing Queen du groupe Abba se fait entendre. En version déformée par les hauts-parleurs du métro, mais audible quand même. Échange de regards éberlués entre les passagers. Un jeune homme se met à taper du pied, bientôt rejoint par un vieil homme en costume.

« Prochain train dans une minute » prévient le haut-parleur, mais personne n’y prête attention. Ils sont trois à danser sur le quai, les spectateurs échangent des sourires  Encore 30 secondes et le métro rugit au loin. Le charme est rompu. Les rames se remplissent et le train repart, laissant le quai vide. La musique, elle, ne s’est pas arrêtée.

Fabien Jannic