E-commerce, ce qui séduit les Français

Ils sont toujours plus nombreux à faire leurs achats en ligne, rien que l’année dernière, 57% des ménages ont passé commande sur un site de e-commerce.  Simplicité, choix, accessibilité, toutes les raisons sont bonnes. De quoi détourner les consommateurs du circuit de distribution traditionnel ?

Les Français, peuple 2.0 ? «C’est pratique et souvent moins cher», Léo un étudiant en droit de 27 ans ne manque pas de raisons pour faire ses achats en ligne. «J’ai du m’y mettre il y a 3-4 ans et depuis je commande beaucoup sur internet» explique-t-il. Et il est loin d’être le seul :  selon la Fédération du E-commerce et de la Vente à Distance (Fevad), 56% des ménages Français ont acheté quelque chose sur Internet en 2010. Certes, l’hexagone est encore loin derrière la Suède ou les Pays-Bas où respectivement 66% et 67% de la population avait fait au moins un achat sur un site de e-commerce en 2010. Mais comparé à un pays comme l’Espagne où les chiffres tombent à seulement 15% notre pays semble bien s’en tirer. D’ailleurs, entre 2006 et 2011, le montant des achats en ligne a presque triplé.

Accès sécurisé. Prix bas, possibilité de commander de chez soi, plus large choix de produits, les raisons pour les Français de passer le pas de la porte numérique ne manquent pas. L’une des raisons du succès du e-commerce ? Le taux d’équipement des ménages Français en constante augmentation. Nathalie Laîné, responsable de la communication de la Fevad pointe les efforts fait par le gouvernement avec «le tarif social mis en place par Eric Besson». Mais si l’accès à internet est une condition à l’achat en ligne, l’un n’engage pas obligatoirement à l’autre. En France 74% des ménages ont accès à internet pour seulement 57% qui achètent en ligne.

Les boutiques en ligne ont encore de la marge. Certains, comme Morgane, une étudiante de 21 ans, se montrent dubitatifs et pointent les limites du e-commerce. «Je ne trouve pas ça si pratique que ça» explique-t-elle «et puis j’ai l’impression qu’il y a toujours un risque». Et cela même si les statistiques lui disent le contraire. La Fevad a depuis longtemps compris ces idées reçues et cherche à les gommer. «La sécurité lors de l’achat en ligne est notre point de départ» insiste Nathalie Laîné «tout est fait pour que le consommateur soit à l’aise lors de son achat».

Boutiques. Si la sécurité est la base, elle ne suffit pas à expliquer l’engouement des Français pour Internet. Pour Antonin Chartier, co-fondateur de Jimmy Fairly, l’entreprise doit offrir plus que son équivalent dans la vraie vie. Parti du constat que les opticiens se faisaient une marge énorme sur les lunettes, le parisien a lancé il y a deux ans un opticien en ligne avec des montures «pas chères, originales et de bonne qualité».  Selon lui «un site de e-commerce doit absolument apporter du neuf et en faire plus qu’un magasin».

Chez Jimmy Fairly on propose aux clients des essais gratuits par la poste et un service client en or. De quoi compenser l’absence d’un réseau de boutique. Même si pour Antonin Chartier, les boutiques web peuvent difficilement se passer d’une présence physique. Jimmy Fairly  possède une boutique dans Paris et prévoit d’en ouvrir une autre rapidement. «Dans les 10 sites les plus visités il n’y a que 3 pure players, ce n’est pas un hasard» souligne-t-il.  Même son de cloche chez la Fevad : «Les deux canaux de ventes sont complémentaires» indique Nathalie Laîné «d’ailleurs la plupart des pure-players sont en train d’ouvrir des boutiques».

Consommateurs acteurs. Le modèle de vente traditionnel aurait-t-il finalement du bon ? Loin de le copier, internet réuni en fait le meilleur des deux modèles.  Le web transforme les consommateurs en acteurs. «Les gens repèrent leurs articles sur internet et vont l’acheter en boutique et vice-versa» analyse Nathalie Laîné. Léo confirme «j’utilise internet pour repérer le prix des billets de spectacles et je compare avec le prix en boutique». Les grandes chaînes l’ont d’ailleurs bien compris et ce n’est pas un mystère si la Fnac fait partie du trio de tête des sites de e-commerce les plus visités.

Le choix offert à chacun est démultiplié. «Je n’achète pas grand chose sur Internet à une exception prête, les billets de trains et d’avions» indique Morgane «le choix est plus clair et simplifié». Le web ne risque de toute façon pas de détrôner le circuit traditionnel de sitôt. «Je ne ferai jamais mes courses en ligne» indique Morgane «pour le reste, ça dépendra mais ça doit être simple».  Comptant pour seulement 5% des achats effectués en 2011, la marge de progression du e-commerce est immense.

Fabien Jannic

«L’Europe à encore beaucoup à apprendre au Brésil»

Julianna Villa Verde est une étudiante brésilienne de 19 ans qui vient de passer deux mois en France. En ces temps de crise économique elle revient sur son expérience dans la capitale, et sur ce qui fait encore rêver en France.

Fabien Jannic : D’où viens tu ?
Julianna Villa Verde : Je viens de Curitiba, une ville du sud du Brésil riche et moderne. Je suis étudiante en relations internationales et en lettres Françaises. C’est d’ailleurs l’une des raisons de ma venue en France, parce que pour un étudiant au Brésil c’est bien de parler parler Français.

Pourquoi avoir choisi de venir en France ?
Au Brésil, si je suis capable de parler Français et si j’ai une expérience à l’étranger, alors j’ai beaucoup plus de chance d’obtenir un bon job. Et puis j’aime beaucoup la littérature française et je suis vraiment intéressée par le pays. Mais mon voyage en France n’est pas que professionnel, c’est avant tout quelque chose que je voulais faire pour moi même.

Quand a débuté ton intérêt pour la France ?
Mon intérêt pour le français a commencé lors d’un séjour en Italie. À ce moment là je voyais encore l’Europe comme quelque chose de parfait. J’étais très jeune et j’ai commencer à rêver à faire des études dans l’Hexagone.

A quoi t’attendais-tu avant d’arriver à Paris ?
J’était déjà venue il y a 5 ans. Et depuis j’ai été obsédée par la ville, les gens m’ont paru beaux et organisés. J’étais impressionnée de voir tout fonctionner correctement au contraire du Brésil. J’avais cette idée que Paris était moderne, et qu’il y avait tout. Et c’est le cas, mais depuis que je suis ici je peux aussi voir les mauvais côtés. Ce n’est pas simple de vivre ici.

En quoi es-tu déçue par la France ?
Je suis déçue par le fait qu’il faut avoir de l’argent. Sinon il faut travailler énormément et du coup on a pas le temps d’en profiter. Tout est tellement cher ici. Ce n’est vraiment pas simple de louer un appartement quand l’on est étudiant. Paris est très capitaliste et il faut travailler dur pour y vivre.

 Tu penses toujours que tout fonctionne ici ?
Non, vous avez aussi des problèmes. Il y a des SDF, quand je suis venu la première fois je n’en avais pas vu autant. Ça me rappelle ma ville au Brésil.  Et puis je trouve les Parisiens très durs. Heureusement que Paris est pleine d’immigrants, parce que s’il y avait juste des parisiens je n’aurais pas d’amis. Je ne les trouve pas fermés mais un peu étranges et inaccessibles. Au fond, c’est surtout à cause du travail que je suis limitée, ce n’est pas directement lié à Paris.

Es-tu quand même heureuse d’avoir passé deux mois à Paris ?
Oui, Paris a tellement à donner d’un point de vue culturel. Je ne suis pas déçue de ce côté la. Certes, il y a tellement de touristes que parfois c’est un peu frustrant. Deux mois ne sont pas assez pour voir la partie française. Cette partie là est incroyable. J’espère que je reviendrais.

On pourrait se demander d’ou vient ton envie de venir ici, alors que le Brésil est vu par beaucoup comme un pays plein d’avenir.
Certes le Brésil est un grand pays et l’économie se porte bien. On est fier, mais ce n’est pas assez pour nous, l’Europe à encore beaucoup à nous apprendre, particulièrement au travers de son histoire. Nous sommes tellement jeunes, nous n’avons pas fini de grandir. Au Brésil, il n’y a pas de garanties de l’emploi ou d’aides pour les étudiants. Ici je suis quand même surprise que tout fonctionne aussi bien.

 Que penses-tu de l’Union Européenne ?
L’Amérique du Sud à beaucoup à en apprendre. Au niveau économique, c’est ce que nous essayons de faire avec le MERCOSUR. En Amérique du Sud, nous avons beaucoup de points communs, mais culturellement c’est plus compliqué qu’en Europe. Surtout au Brésil, vu que nous sommes les seuls à parler portugais sur le continent. Nous partageons la même histoire mais nous ne sommes pas unis et très compétitifs

Les transports publics, France ou Brésil ?
La France, parce que vous avez des trains ! On en a pas au Brésil et nos autoroutes sont horribles et dangereuses. Et dans les villes c’est pire. Je suis chanceuse parce que ça fonctionne chez moi mais ce n’est pas le cas partout.

La météo ?
Aussi en France, parce qu’il y a de tout ici. Du chaud, des plages et du froid quand vous êtes fatigués de la chaleur. Au Brésil tout est beaucoup trop humide.

Les habitants ?
Brésil ! La chaleur des gens me manque. Là-bas, les gens sont intéressés et veulent vous connaitre. Les Français sont gentils, mais il faut du temps pour les connaitre.

La mode ?
En France, avec les soldes tout est vraiment accessible. On peu très bien s’habiller pour pas cher.

Nicolas Sarkozy ou Dilma Rousseff, la présidente du Brésil ?
Sans hésitation, ma présidente. Elle travaille bien, je suis satisfaite, elle a de bons projets. Sarkozy est vieux jeux et ne sait pas comment se comporter avec les autres pays.

Fabien Jannic

En attendant le Petit Journal…

Depuis la rentrée l’émission d’infotainment de Canal + s’est émancipée du Grand Journal, sans convaincre de la validité de son nouveau format. Immersion avec  les spectateurs d’un soir et récit d’un bref moment télé. Et de beaucoup d’attente. 

 «Merci d’être venus, on espère vous revoir bientôt.» Un sticker en cadeau et voilà, le Petit Journal de Canal + est déjà terminé. «C’était très court» remarque un spectateur en passant la porte de sortie. Enregistrée dans les conditions du direct quelques heures avant sa diffusion, l’émission dure seulement 20 minutes. Entre temps il y a eu de l’attente, beaucoup d’attente.

 Fraise Tagada. Le rendez-vous était pris avec certain Baptiste pour 17h15. À peine arrivé dans les studios de la chaîne cryptée situés dans le 15ème arrondissement de Paris, il faut se placer au bout d’une file. Certains habitués jouent les blasés en expliquant aux petits nouveaux «Que non, cette queue là c’est celle du Petit Journal, pas du Grand». 30 minutes plus tard, les derniers arrivés pénètrent enfin dans un couloir anonyme. Après un contrôle d’identité obligatoire «parce que nous sommes dans les locaux du Ministère de la Justice», c’est l’heure de se délester des manteaux, sacs et autres téléphones au vestiaire.

Un escalier, un couloir dont les murs sont remplis de câbles et enfin c’est le plateau. Et puis non, il s’agit juste d’une sorte de salle sans fenêtre dans laquelle piétinent les spectateurs. Une stagiaire sert des verres de coca cola chaud dans le fond, pendant que deux quinquagénaires se battent pour savoir qui aura la dernière fraise Tagada. Le monde de la télé est impitoyable. Dix minutes passent, les plus impatients se pressent près de la porte, le reste jauge la compétition. Tout ceux qui sont familiers du Petit Journal, le must est d’être placés derrière Yann Barthès, l’animateur. Sur la centaine de personnes présentent, seuls 20 chanceux pourront s’admirer à loisir sur le site internet de la chaîne cryptée.

Gradins. «Mesdames et Messieurs, vous allez pouvoir pénétrer sur le plateau». Tous se pressent vers la sortie pour retourner vers le couloir. Certains sont déçus, «C’est quand même beaucoup plus petit en vrai» soupire un jeune homme. Deux assistants sont postés à l’entrée et trient les participants. Derrière Yann Barthès et encadrés par deux énormes globes terrestres rouges, seulement des moins de 25 ans et presque uniquement des filles. Vieillards, hommes et femmes de plus de 30 ans, personnes en surpoids, tout le monde est logé à la même enseigne : les gradins. A la clef, inconfort et certitude de ne pas passer plus d’une seconde à l’écran. Certains rouspètent : «C’est injuste, j’avais pourtant mis ma plus belle chemise ». «On sourit !» crie le chauffeur de salle. Bienvenue dans le merveilleux monde de la télévision.

 «Trois ! Deux ! À toi Yann !». C’est parti pour 20 minutes d’émission. Depuis que le Petit Journal s’est séparé du Grand Journal en début d’année les critiques sont acides. Sketches ratés, reportages bâclés… Et le programme du soir ne déroge pas à la règle ; François Hollande en déplacement dans les Antilles et une séquence détective à la recherche du QG de campagne de Nicolas Sarkozy. Là encore, le temps est long; des gradins, il est impossible de voir l’écran. Dommage. Yann Barthès à juste le temps de faire un signe de la main au public et il faut déjà vider le plateau. Les spectateurs repartent avec l’impression d’avoir perdu deux heures de leur vie. «Tout ça pour ça» résume une femme en jetant son sitcker dans une poubelle.

Fabien Jannic

Comme une grande

PORTRAIT. Du haut de ses 22 ans, Charlotte Henry impressionne. Militante, stagiaire et étudiante, plus active qu’un actif, elle est le symbole d’une génération terrifiée par le monde du travail.

Frange blonde et lunettes rouges. Ce n’est pas Eva Joly qui est assise à la terrasse d’un café parisien du 7ème arrondissement mais une jeune socialiste. Cigarette au chocolat dans une main, tasse de thé dans une autre, Charlotte Henry n’est pas encore tout à fait prête à se livrer. Emmitouflée dans son manteau en laine rouge, la jolie jeune fille de 22 ans jette des coups d’oeil régulier à son portable. C’est qu’après elle doit enchaîner avec une réunion de militants et ensuite travailler un peu sur ces cours. Et ce soir, dormir. «Enfin peut être» sourit-elle.

Motivation. Étudiante en Info-Com à Paris 2, Charlotte Henry est infatigable. Militante active du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et stagiaire à Eau de Paris le reste du temps, elle est, comme beaucoup de gens de sa génération, sur tous les fronts. «Le MJS est devenu une passion» explique-t-elle «ça me prend une très grosse partie de mon temps». Adossée contre sa chaise, elle parle avec timidité et s’arrête souvent pour laisser un large sourire illuminer son visage. Une semaine type dans la vie de Charlotte Henry cela donne donc : des réunions et des commissions sur l’éducation, son sujet fétiche, à n’en plus finir, son stage de chargé de com et puis «les cours, autant que je peux, mais je dois avouer que je perds peu à peu la motivation».

Elle décrit la vie qu’elle mène depuis son arrivée à Paris en 2010 comme «totalement différente de celle d’avant». Avec un père sous-préfet, petite elle a souvent changé de ville. Elle se fixe définitivement à Agen quand ses parents divorcent en 1997. S’ensuit une adolescence sans problème. Et puis c’est son 18ème anniversaire, la mort de son beau-père, le remariage de sa mère et son départ pour Bordeaux. «Ça a été une période très noire de ma vie» raconte-t-elle en allumant une nouvelle cigarette «Je me suis fermée totalement et j’ai décidé d’arrêter de manger». Elle évoque un épisode qui l’a marqué à jamais mais indique «aller beaucoup mieux». «À Paris j’ai beaucoup grossi» souligne-t-elle à moitié sérieuse «tout a changé, je suis beaucoup moins angoissée maintenant»

Valise. D’abord la politique donc. Contrairement à d’autres, l’engagement de Charlotte n’est pas vraiment une surprise. «Ce qui est étonnant c’est comment j’ai pu y échapper aussi longtemps» rigole-t-elle d’un sourire franc. Papa haut-fonctionnaire, Maman engagée dans la politique locale et en route pour la mairie d’Agen. Tous les deux sont encartés au Parti Socialiste. «Il y avait un autocollant de Lionel Jospin dans les toilettes de mon grand-père» se souvient-elle «pendant longtemps j’ai cru que c’était l’identité secrète du père Noël». Elle a longtemps rejeté la politique «par manque d’intérêt et par incompréhension»Et puis en 2007, elle commence à militer pour Ségolène Royal. et un an plus tard elle s’engage au MJS Bordeaux sans s’investir. En 2010 elle fait de même à Paris. C’est l’enchainement et la voilà, presque immédiatement, à la tête de la commission éducation du MJS Parisien.

Quand Charlotte a débarquée sur le quai de la Gare Montparnasse, elle pensait encore que plus tard elle serait journaliste. Mais la valise remplie de rêves de journalisme culturel a eu le temps de se vider en un an. «Je me suis vite rendu compte que le métier était extrêmement sélectif et élitiste» soupire-t-elle «je me suis réorienté dans la communication parce que c’est beaucoup plus large. En fait je ne sais pas encore vraiment ce que je veux faire». La jeune fille est pourtant en stage depuis septembre à Eau de Paris, la régie de l’eau de la capitale. «Ça me plait mais ce que j’aimerais vraiment faire c’est de la communication politique» affirme-t-elle en secouant sa mèche blonde avant d’ajouter qu’elle postulera l’année prochaine au CELSA, une prestigieuse école de communication Parisienne.

Active. Enchainer une deuxième année de master par un autre master ? Elle fait partie de cette génération terrifiée par le monde du travail, qui ne se voit pas se lancer tout de suite et qui resterait bien dans le cocon protecteur des études. «Je suis encore jeune» se justifie-t-elle «les gens qui sont avec moi en cours ont tous entre 23 et 26 ans». C’est que la jeune fille se considère encore comme une enfant, et qu’elle appelle les adultes, ceux qui travaillent, les grands. Pourtant, plus active qu’un actif elle fait bien plus que les 35 heures réglementaires. Il ne lui reste plus qu’à se rendre compte qu’elle est déjà grande.

Fabien Jannic

« Cette décision de justice assimile le mari à un prostitué »

En septembre dernier, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence condamnait un homme à verser 10 000 euros à son ex-femme qui lui reprochait de ne plus faire l’amour après 21 ans de vie commune. Le juge a estimé que l’absence de relations sexuelles ne respectait pas le code civil et constituait un « préjudice à autrui »  Que pensez-vous de cette décision de justice ?

 Gislaine Duboc, sexologue : Je trouve ça très étonnant. On a une évolution au niveau du couple depuis ces dernières années où l’on reconnait le viol conjugal. Cette décision nous ramène au devoir conjugal quand l’autre est un objet de possession et que l’on pouvait le traiter comme on voulait… Dans un couple les rapports sont libres et consentis, or ici on a une obligation qui est matérialisé par une pénalisation. C’est pour moi un non-sens, on assimile le mari à un prostitué et on monétise les rapports sexuels du couple. On en fait une affaire marchande alors qu’un couple c’est d’abord une question d’amour mais surtout d’individus libres de rompre à chaque instant.

La justice doit elle intervenir dans la vie intime des gens ?

Oui dans le cadre du non respect de l’autre. Sauf qu’ici cette décision réhabilite le devoir conjugal, qui permettait au mari de violer sa femme sans être inquiété.  Il y a un peu plus de 50 ans le mariage religieux n’acceptait la copulation que pour la reproduction. Si le couple était stérile on les obligeait a se séparer. Aujourd’hui, on peut encore annuler un mariage  si il n’a pas été consommé. L’état prend t- il la place de la religion ?Une obligation de rapport sexuel est un scandale ! L’autre devient un objet soumis au désir de son compagnon. C’est l‘inverse de la relation amoureuse ou le respect est essentiel.

Comment un couple peut il en arriver là après 21 ans de vie commune ?

Il se peut que cette absence de désir existait à l’origine. Si l’épouse est rentrée là dedans à l’époque c’est que ça lui convenait. Après il est possible qu’elle l’ait vécu comme un harcèlement le fait d’être constamment repoussée et qu’elle ait nourrie une haine contre son mari. Vu qu’il ne pouvait pas la désirer, cela a du la détruire sur le plan narcissique et créer un besoin de reconnaissance qui aurait pu être satisfait par le jugement. C’est comme si elle avait demandé au tribunal «Regardez moi, suis-je désirable ?» et que le juge avait décidé qu’elle l’était. C’est affreux !

Mais le sexe est tout de même important dans la vie d’un couple ?

Beaucoup de couples ne font pas l’amour avec leurs corps mais avec les disputes a outrances qui agissent comme des substituts érotiques. Le sexe dans un couple n’est pas une fin en soit, il est le reflet de la relation. Si la relation est complice, la sexualité l’est aussi, si la relation est castratrice la sexualité est en sommeil… Il y a de multiples expressions sexuelles autant que de relation a deux.

La décision de justice pourrait faire jurisprudence, est-ce une mauvaise nouvelle ?

Oui, clairement. Je ne comprends pas, que à l’heure ou l’on veut pénaliser les clients de la prostitution, la justice aille dans l’autre sens. On réduit l’autre à un objet et on ne respecte pas le non désir. C’est un viol fait par la loi.

Métro, Boulot, Disco

Scène de la vie quotidienne dans les couloirs du métropolitain Parisien. Des passagers qui attendent sur un quai, et soudain, la lumière s’éteint…

Boooring

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Assise sur une chaise rouge, une dame plutôt âgée lance des regards inquiets à la cantonade. Un jeune homme à la peau mate vient de passer devant elle. À sa droite un quinquagénaire lit Le Monde avec une moue blasée. Rien que de plus normal sur le quai d’une station de métro parisienne. « Direction Porte de la Chapelle, prochain train dans six minutes » annonce l’habituelle voie enjouée de la RATP.

Les impatients râlent un peu, mais ils sont vite arrêtés par un bruit sourd qui  sort d’on ne sait trop où. Fort et strident, celui-ci fait trembler les murs de la station. Certains se bouchent les oreilles, d’autres lèvent les yeux vers le plafond en quête d’une explication. Le bruit s’arrête, pour reprendre de plus belle quelques secondes plus tard. Ceux qui ont trop regardé de films de science-fiction s’interrogent : « une taupe géante génétiquement modifiée va-t-elle débarquer dans la station ? Devons-nous nous préparer à courir pour échapper à des trombes d’eau ou à une déflagration ? ».

Pendant encore une minute, chacun est laissé avec ses suppositions. La vieille dame s’est levée, prête à remonter les escaliers et retourner à l’air libre au moindre signe de danger. Sans prévenir, les lumières s’éteignent et le bruit se tais. Sur le quai, tout les passagers retiennent leur souffle.  Et puis soudain, les lumières se rallument et chanson Dancing Queen du groupe Abba se fait entendre. En version déformée par les hauts-parleurs du métro, mais audible quand même. Échange de regards éberlués entre les passagers. Un jeune homme se met à taper du pied, bientôt rejoint par un vieil homme en costume.

« Prochain train dans une minute » prévient le haut-parleur, mais personne n’y prête attention. Ils sont trois à danser sur le quai, les spectateurs échangent des sourires  Encore 30 secondes et le métro rugit au loin. Le charme est rompu. Les rames se remplissent et le train repart, laissant le quai vide. La musique, elle, ne s’est pas arrêtée.

Fabien Jannic

Un mois avec sursis pour le jeune réfugié Libyen

Makram M. était jugé au TGI de Paris lundi dernier pour présence illégale sur le sol Français. Compte rendu de l’audience.

Fraternite - Liberte - Egalite de ·júbilo·haku·, sur Flickr

Lunettes en écailles posées sur le coin du bureau, le Président secoue la tête d’un air contrarié. « Qui est le suivant ? Je ne retrouve plus ma feuille de passage » soupire-t-il en regardant sa montre. Il est 15h24 au tribunal de grande instance de Paris et en ce lundi de novembre, le suivant c’est Makram M. Le jeune Libyen d’à peine 22 ans semble ne pas savoir ce qu’il fait dans le box des accusés. Son regard perdu traîne pendant quelques instants sur les boiseries et la tapisserie jaune de la chambre 23. Quelques secondes plus tard et après un regard désapprobateur de l’un juges, ses yeux se fixent sur son traducteur.

Makram est accusé d’être présent illégalement sur le sol Français. Il possédait 1,2 grammes de cannabis lors de son arrestation à la station de métro Strasbourg Saint-Denis samedi 26 novembre. Le prévenu fait l’objet d’une interdiction du territoire. « Je ne comprends pas trop ce que vous faites là » s’interroge le juge en plissant des yeux « vous étiez dans cette même salle il y a huit mois pour les mêmes raisons. Vous n’aviez pas compris qu’il fallait partir ? ». La défense du jeune homme tient en un mot « Je suis en transit. J’ai fui la guerre et je cherche à rentrer en Suisse pour déposer une demande d’asile » explique-t-il d’une voix faible.

« Paris, ça fait quand même un gros détour non ? » interroge le procureur dans son très court réquisitoire. Le traducteur ne prends même pas la peine de retranscrire le discours au jeune Libyen. Celui-ci regarde en l’air, cherchant quelque chose des yeux dans les dorures du plafond. Quand le procureur se rassoit et se replonge dans ses dossiers d’un air satisfait, c’est au tour de l’avocate de la défense de prendre la parole. Les cheveux tirés en arrière et le regard fuyant, elle défend mollement son client. « Je ne conteste rien de ce qu’a fait M. M. , mais pense qu’il mérite seulement une peine d’avertissement » annonce-t-elle « après tout il cherche juste à quitter la France ».

Enfin, c’est au tour de Makram de parler. Dans un souffle il explique qu’il n’a pas l’intention de causer de problèmes et qu’il compte rejoindre la Suisse dès que possible. Et d’ajouter  : « Je n’ai plus de famille, j’ai appris la semaine dernière que mes parents étaient morts ». Temps d’arrêt dans la salle. Il n’y plus personne pour regarder les dorures  de la chambre 23.

Fabien Jannic