Comme une grande

PORTRAIT. Du haut de ses 22 ans, Charlotte Henry impressionne. Militante, stagiaire et étudiante, plus active qu’un actif, elle est le symbole d’une génération terrifiée par le monde du travail.

Frange blonde et lunettes rouges. Ce n’est pas Eva Joly qui est assise à la terrasse d’un café parisien du 7ème arrondissement mais une jeune socialiste. Cigarette au chocolat dans une main, tasse de thé dans une autre, Charlotte Henry n’est pas encore tout à fait prête à se livrer. Emmitouflée dans son manteau en laine rouge, la jolie jeune fille de 22 ans jette des coups d’oeil régulier à son portable. C’est qu’après elle doit enchaîner avec une réunion de militants et ensuite travailler un peu sur ces cours. Et ce soir, dormir. «Enfin peut être» sourit-elle.

Motivation. Étudiante en Info-Com à Paris 2, Charlotte Henry est infatigable. Militante active du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et stagiaire à Eau de Paris le reste du temps, elle est, comme beaucoup de gens de sa génération, sur tous les fronts. «Le MJS est devenu une passion» explique-t-elle «ça me prend une très grosse partie de mon temps». Adossée contre sa chaise, elle parle avec timidité et s’arrête souvent pour laisser un large sourire illuminer son visage. Une semaine type dans la vie de Charlotte Henry cela donne donc : des réunions et des commissions sur l’éducation, son sujet fétiche, à n’en plus finir, son stage de chargé de com et puis «les cours, autant que je peux, mais je dois avouer que je perds peu à peu la motivation».

Elle décrit la vie qu’elle mène depuis son arrivée à Paris en 2010 comme «totalement différente de celle d’avant». Avec un père sous-préfet, petite elle a souvent changé de ville. Elle se fixe définitivement à Agen quand ses parents divorcent en 1997. S’ensuit une adolescence sans problème. Et puis c’est son 18ème anniversaire, la mort de son beau-père, le remariage de sa mère et son départ pour Bordeaux. «Ça a été une période très noire de ma vie» raconte-t-elle en allumant une nouvelle cigarette «Je me suis fermée totalement et j’ai décidé d’arrêter de manger». Elle évoque un épisode qui l’a marqué à jamais mais indique «aller beaucoup mieux». «À Paris j’ai beaucoup grossi» souligne-t-elle à moitié sérieuse «tout a changé, je suis beaucoup moins angoissée maintenant»

Valise. D’abord la politique donc. Contrairement à d’autres, l’engagement de Charlotte n’est pas vraiment une surprise. «Ce qui est étonnant c’est comment j’ai pu y échapper aussi longtemps» rigole-t-elle d’un sourire franc. Papa haut-fonctionnaire, Maman engagée dans la politique locale et en route pour la mairie d’Agen. Tous les deux sont encartés au Parti Socialiste. «Il y avait un autocollant de Lionel Jospin dans les toilettes de mon grand-père» se souvient-elle «pendant longtemps j’ai cru que c’était l’identité secrète du père Noël». Elle a longtemps rejeté la politique «par manque d’intérêt et par incompréhension»Et puis en 2007, elle commence à militer pour Ségolène Royal. et un an plus tard elle s’engage au MJS Bordeaux sans s’investir. En 2010 elle fait de même à Paris. C’est l’enchainement et la voilà, presque immédiatement, à la tête de la commission éducation du MJS Parisien.

Quand Charlotte a débarquée sur le quai de la Gare Montparnasse, elle pensait encore que plus tard elle serait journaliste. Mais la valise remplie de rêves de journalisme culturel a eu le temps de se vider en un an. «Je me suis vite rendu compte que le métier était extrêmement sélectif et élitiste» soupire-t-elle «je me suis réorienté dans la communication parce que c’est beaucoup plus large. En fait je ne sais pas encore vraiment ce que je veux faire». La jeune fille est pourtant en stage depuis septembre à Eau de Paris, la régie de l’eau de la capitale. «Ça me plait mais ce que j’aimerais vraiment faire c’est de la communication politique» affirme-t-elle en secouant sa mèche blonde avant d’ajouter qu’elle postulera l’année prochaine au CELSA, une prestigieuse école de communication Parisienne.

Active. Enchainer une deuxième année de master par un autre master ? Elle fait partie de cette génération terrifiée par le monde du travail, qui ne se voit pas se lancer tout de suite et qui resterait bien dans le cocon protecteur des études. «Je suis encore jeune» se justifie-t-elle «les gens qui sont avec moi en cours ont tous entre 23 et 26 ans». C’est que la jeune fille se considère encore comme une enfant, et qu’elle appelle les adultes, ceux qui travaillent, les grands. Pourtant, plus active qu’un actif elle fait bien plus que les 35 heures réglementaires. Il ne lui reste plus qu’à se rendre compte qu’elle est déjà grande.

Fabien Jannic

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Michel, the melancholy, and Lara Fabian

Portrait.  In one of my class we were asked to reveal the secret of one of our classmates. Here his what  Michel was hiding.  

Michel Serra is a sensitive man. You might not guess it at first sight, since he is a relaxed masculine guy from southern France. Interesting and easy to talk to, he has this chanting accent that only people from Marseille have when they speak. Chatting with him, you would think that he is the type of guy who likes to play football and drink beer at the weekend with his buddies on weekends. But when asked about his musical tastes he gives an answer you would not be expecting. «I’m a really big fan of Lara Fabian» he says without a hint of irony. He makes a pause, blushing a little, giving me some time to digest what he just said. Fabian is a Belgian pop singer who used to be huge in the 90’s. She mostly sings ballads and love songs. Not what you would expect Michel to listen to.

Born in Sofia (Bulgaria) and raised in Aubagne in Southern France, Michel got into Lara Fabian’s music when he was 11-years-old. And surprisingly enough he did not like it at all at first. «I hated it. I only listened to her because of one of my friend. She and I had what we could call a fling, and I did it for her» he explains. She still seems to be a big part of Michel’s life. «Listening to Lara Fabian takes me back. It’s like opening an old book that you love. It’s always hard for me to put it down because there are no more pages to write» he says, his eyes looking for something that’s not in the room. Once again, he stops talking for a bit. With his eyes looking somewhere else, Michel looks like a very melancholic person.

When pointed out that it’s rather unusual for a guy to be a fan of a ballads singer, Michel raises his voice : «So what ? I’m not ashamed of it. She has beautiful lyrics and she’s not like all those products, those singers who bring nothing new to the music world. I’d rather kill myself than go to a Lady Gaga concert ». He met Lara Fabian a few times : «The first time I was 13, she was signing her latest CD. I saw her again, at various events. But I think she knows who I am. When I go to her concerts I’m always in the front row, I want her to notice me. I don’t like blending in, I want to stick out». Because this is actually who Michel is, a self-confident guy who you wouldn’t mess with. «One more thing about her, she is hot and she smells like sex when she is on stage» he adds with a big smile.

Outside Lara Fabian’s songs, Michel is into 60’s, 70’s and 80’s rock music. Not what you would expect from a French pop lover. But she is different : «Lara is also a songwriter and she has an amazing voice. Her lyrics are very deep and beautiful». He takes a deep breath and adds  : «She brings out my artistic side. I’ve been singing and playing guitar for 10 years. I’m also interested in photography, she was my first and she is still my favourite model». When asked about the impact of Fabian’s music on his personality, Michel smiles, closes his eyes for a second and says « What was the question again ? Oh yes… I guess you could say I’m a sensitive guy».

Fabien Jannic

You can check out Michel’s blog here. Be sure to read his fabulous articles.