« Cette décision de justice assimile le mari à un prostitué »

En septembre dernier, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence condamnait un homme à verser 10 000 euros à son ex-femme qui lui reprochait de ne plus faire l’amour après 21 ans de vie commune. Le juge a estimé que l’absence de relations sexuelles ne respectait pas le code civil et constituait un « préjudice à autrui »  Que pensez-vous de cette décision de justice ?

 Gislaine Duboc, sexologue : Je trouve ça très étonnant. On a une évolution au niveau du couple depuis ces dernières années où l’on reconnait le viol conjugal. Cette décision nous ramène au devoir conjugal quand l’autre est un objet de possession et que l’on pouvait le traiter comme on voulait… Dans un couple les rapports sont libres et consentis, or ici on a une obligation qui est matérialisé par une pénalisation. C’est pour moi un non-sens, on assimile le mari à un prostitué et on monétise les rapports sexuels du couple. On en fait une affaire marchande alors qu’un couple c’est d’abord une question d’amour mais surtout d’individus libres de rompre à chaque instant.

La justice doit elle intervenir dans la vie intime des gens ?

Oui dans le cadre du non respect de l’autre. Sauf qu’ici cette décision réhabilite le devoir conjugal, qui permettait au mari de violer sa femme sans être inquiété.  Il y a un peu plus de 50 ans le mariage religieux n’acceptait la copulation que pour la reproduction. Si le couple était stérile on les obligeait a se séparer. Aujourd’hui, on peut encore annuler un mariage  si il n’a pas été consommé. L’état prend t- il la place de la religion ?Une obligation de rapport sexuel est un scandale ! L’autre devient un objet soumis au désir de son compagnon. C’est l‘inverse de la relation amoureuse ou le respect est essentiel.

Comment un couple peut il en arriver là après 21 ans de vie commune ?

Il se peut que cette absence de désir existait à l’origine. Si l’épouse est rentrée là dedans à l’époque c’est que ça lui convenait. Après il est possible qu’elle l’ait vécu comme un harcèlement le fait d’être constamment repoussée et qu’elle ait nourrie une haine contre son mari. Vu qu’il ne pouvait pas la désirer, cela a du la détruire sur le plan narcissique et créer un besoin de reconnaissance qui aurait pu être satisfait par le jugement. C’est comme si elle avait demandé au tribunal «Regardez moi, suis-je désirable ?» et que le juge avait décidé qu’elle l’était. C’est affreux !

Mais le sexe est tout de même important dans la vie d’un couple ?

Beaucoup de couples ne font pas l’amour avec leurs corps mais avec les disputes a outrances qui agissent comme des substituts érotiques. Le sexe dans un couple n’est pas une fin en soit, il est le reflet de la relation. Si la relation est complice, la sexualité l’est aussi, si la relation est castratrice la sexualité est en sommeil… Il y a de multiples expressions sexuelles autant que de relation a deux.

La décision de justice pourrait faire jurisprudence, est-ce une mauvaise nouvelle ?

Oui, clairement. Je ne comprends pas, que à l’heure ou l’on veut pénaliser les clients de la prostitution, la justice aille dans l’autre sens. On réduit l’autre à un objet et on ne respecte pas le non désir. C’est un viol fait par la loi.

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Métro, Boulot, Disco

Scène de la vie quotidienne dans les couloirs du métropolitain Parisien. Des passagers qui attendent sur un quai, et soudain, la lumière s’éteint…

Boooring

anw.fr from flickr

Assise sur une chaise rouge, une dame plutôt âgée lance des regards inquiets à la cantonade. Un jeune homme à la peau mate vient de passer devant elle. À sa droite un quinquagénaire lit Le Monde avec une moue blasée. Rien que de plus normal sur le quai d’une station de métro parisienne. « Direction Porte de la Chapelle, prochain train dans six minutes » annonce l’habituelle voie enjouée de la RATP.

Les impatients râlent un peu, mais ils sont vite arrêtés par un bruit sourd qui  sort d’on ne sait trop où. Fort et strident, celui-ci fait trembler les murs de la station. Certains se bouchent les oreilles, d’autres lèvent les yeux vers le plafond en quête d’une explication. Le bruit s’arrête, pour reprendre de plus belle quelques secondes plus tard. Ceux qui ont trop regardé de films de science-fiction s’interrogent : « une taupe géante génétiquement modifiée va-t-elle débarquer dans la station ? Devons-nous nous préparer à courir pour échapper à des trombes d’eau ou à une déflagration ? ».

Pendant encore une minute, chacun est laissé avec ses suppositions. La vieille dame s’est levée, prête à remonter les escaliers et retourner à l’air libre au moindre signe de danger. Sans prévenir, les lumières s’éteignent et le bruit se tais. Sur le quai, tout les passagers retiennent leur souffle.  Et puis soudain, les lumières se rallument et chanson Dancing Queen du groupe Abba se fait entendre. En version déformée par les hauts-parleurs du métro, mais audible quand même. Échange de regards éberlués entre les passagers. Un jeune homme se met à taper du pied, bientôt rejoint par un vieil homme en costume.

« Prochain train dans une minute » prévient le haut-parleur, mais personne n’y prête attention. Ils sont trois à danser sur le quai, les spectateurs échangent des sourires  Encore 30 secondes et le métro rugit au loin. Le charme est rompu. Les rames se remplissent et le train repart, laissant le quai vide. La musique, elle, ne s’est pas arrêtée.

Fabien Jannic

À Paris, une soupe pas si populaire que ça

Reportage rue Santeuil où le centre social de la Mairie de Paris ne désemplit pas. Avec la crise, de plus en plus de jeunes et de salariés sont touchés viennent chercher de quoi se nourrir parce qu’ils ne peuvent plus s’alimenter correctement.


Deux jeunes hommes d’origine asiatiques en doudounes dorées passent les deux portes battantes. Riant et discutant en japonais, ils rejoignent, insouciants, la file qui se crée à l’intérieur du bâtiment. A les regarder, on pourrait croire à la queue pour un concert de musique pop. Pourtant, la file qui s’allonge est bel et bien celle de la soupe populaire de Paris, située rue Santeuil dans le 5ème arrondissement. Surprenant ? Ils ne sont pourtant pas les seuls jeunes à venir chercher des rations alimentaires. Devant-eux patiente une jeune fille aux vêtements fatigués et à la chevelure blonde tirée. Jetant des regards à la cantonade elle s’impatiente, triturant son petit ticket bleu.

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Thomas DARAM from flickr

Seuil de pauvreté. Une petite foule compacte patientait déjà dehors dès 17h30, l’heure de l’ouverture du centre. Un vieux monsieur bien habillé fume une cigarette à côté d’un homme au regard méfiant. En ces temps de crises économique, ce ne sont plus seulement les sans-abris qui se retrouvent ici. Des sans-papiers et des sans-abris, mais aussi des chômeurs et des salariés. En 2009 près de 14% de la population se situait sous le seuil de pauvreté selon l’INSEE. Une situation qui alarme les associations d’aides au plus démunis. Celles-ci craignent que de plus en plus de personnes se retrouvent en difficulté avec les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement.

Mardi dernier, le Secours Catholique à lancé une campagne de don axée sur les jeunes majeurs. L’association a constaté qu’ils sont de plus en plus a venir frapper à sa porte. «Être jeune, c’est souvent multiplier les handicaps» indique l’organisme sur son site internet «les jeunes n’ont aucune aide, aucun droits. Toutes les conditions sont réunies pour que ça s’aggrave». Toujours selon l’INSEE, en 2009, près d’un quart des 18-24 ans vivaient sous le seuil de pauvreté. Une situation qui n’a cessée de se détériorer ces dernières années d’après les associations d’aide aux personnes.

Coupon. Quand les portes de la soupe populaire ouvrent enfin, c’est sans empressement que la quinzaine de personnes présentes pénètrent dans le bâtiment vétuste. Pendant l’heure qui suivent des dizaines de personnes vont se succéder. La plupart sont détentrices d’un coupon, rose ou bleu, qui fait office de seule preuve que ce n’est pas leur premier passage. Trop dignes pour parler de leur situation, la plupart préfère regarder dans le vide. Plus q’une volée de marches à monter pour rentrer dans la cafétéria. Le chemin s’arrête là pour ceux qui ne sont pas venus manger.

Fabien Jannic